R01_From Giotto to other places

En collaboration avec Mauro Marinelli et Aurélie Godard

 

La question de la fragilité de la construction architecturale apparait dans beaucoup d’œuvres de GIOTTO (1267-1337). Dans les fresques pour la Chapelle des Scrovegni de Padoue et dans celles de la Basilique d’Assise il peint l’artefact : de petites structures construites à travers la juxtaposition d’éléments fragiles, encastrés, jointés , d’une manière mesurée, précise mais soigneusement précaire. La fragilité des petits abris définit des espaces domestiques et humbles. Leur texture révèle cependant une grande attention construite, une qualité tectonique et architecturale qui ressort dans les jonctions et les appuis, où la fonction de chaque morceau est clairement définie, suffisante et constructivement nécessaire. Dans les angles de ces architectures imaginées, la recherche d’une beauté inexacte et infantile met en lumière la poétique de la fragilité qui lui rende les archétypes d’une conception élémentaire et essentielle de la construction. Les objets, conçus en bois et paille, sont toujours représentés en rappel d’un élément naturel de grande dimension, constitué de roches et montagnes dépouillées ; le rapport dialectique et antagoniste avec ces éléments dénudés et massifs ne fait que renforcer la fragilité des éléments architecturaux, dans la constante dualité entre la tectonique du bâti et la stéréotomie  du sous –bassement. L’élément architectural  fragile ne pourrait exister sans la présence massive du fond rocheux, qui le soutient, l’accueille, et le définit dans ses proportions. 

Les architectures de Giotto, prises en analyse pendant ce projet, ont été projetées et représentées selon les codes de l’architecture, à travers une œuvre d’interprétation libre, non philologique et loin de tous les souhaits archéologiques et historiques avec une intention de les reconduire à une dimension architecturale réaliste, en en conservant le principe esthétique et constructif de l’angle fragile.

Ce montage a été réalisé avec l’utilisation des instruments classiques et codés de l’architecture, le dessin et les projections orthogonales, en traçant un parcours de découverte et en tentant un approche de l’essence poétique de leurs images représentées. Ces objets, au moyen d’un procédé d’abstraction et de simplification spatiales deviennent des instruments spontanés dans le but d’étudier la fragilité comme un thème architectural dans ses formes expressives : Giotto devient donc un simple prétexte, et ses architectures de bois et de roches s’émancipent en obtenant, de cette façon, leur propre autonomie. 

Un rapprochement formel évident entre la présence physique des roches giottesques et celle des corps célestes a permis une réflexion sur l’aspect de la matière primaire dans le sens d’une découverte progressive. La comète 67P Tchourioumov-Guérassimenko, mieux connue sous le nom de Tchouri, découverte à Kiev en 1969, a été suivie par la mission spatiale Rosetta durant dix ans. A travers un rapprochement graduel Rosetta a pu nous envoyer des images qui décrivent bien  le paysage de cette comète perdue. On peut voir comment la perception de cet objet varie selon la distance du regard. De la même façon que Philae (l’atterrisseur spatial qui a touché Tchouri) on a voyagé à travers la matière et la surface, pour produire une série de pièces issue de cette observation chez Giotto utilisant différentes opérations de traduction et des mouvements conceptuel.

Production et résonance : publication sur TRANS ( magazine de l’ETH de Zurich ) , textes, dessins et maquettes.